Pour les migrants, contre les murs

Pour les migrants, contre les murs

Une journée organisée par le Musée national
de l’histoire de l’immigration,
l’Association Daniel Bensaïd et la section EHESS de la LDH, avec le soutien de Mediapart, Politis,Regards, Société Louise Michel et ContreTemps

Le samedi 30 mars 2019, de 10 h à 18 h Musée national de l’histoire
de l’immigration
293 avenue Daumesnil 75012 Paris

L’Association Daniel Bensaïd a pris l’initiative d’organiser le samedi 30 mars 2019 une journée de réflexions et de débats intitulée « Pour les migrants, contre les murs ». Cette initiative vient en prolongement des deux journées d’études organisées, les 30 et 31 janvier 2019, par le département de philosophie de l’Université Paris VIII sur le thème « Daniel Bensaïd, une phi- losophie de l’engagement ».Autour des enjeux politiques de l’hospitalité et de la fraternité, ces échanges s’inscrivent en filiation avec l’œuvre intellectuelle et militante de Daniel Bensaïd (1946-2010) qui n’a cessé de lier questions sociales et solidarités internationales, pour une citoyenneté nouvelle face aux replis nationalistes. Politiser la question des migrations, des réfugiés et des exilés, c’est chercher une réponse à la hauteur du défi lancé à l’huma- nité par le retour en force des tenants de l’inégalité naturelle, terreau des idéologies fascistes. Face à des régimes autoritaires qui brandissent l’arme iden- titaire pour étouffer exigences démocratiques et revendications sociales, ouvrant grand la voie à la xénophobie, au racisme, à toutes les discriminations et exclusions, nous entendons défendre, en illustrant concrètement sa pertinence, une politique de l’égalité des droits, sans distinction d’origine, de condition, de culture, de croyance, d’apparence, de sexe et de genre. Une politique d’émancipation, et non pas de résignation ou de compromis.Cette journée comportera deux principaux moments : « Ou- vrir les frontières », le matin, ou pourquoi cette ouverture serait une politique réaliste et efficace ; « La jeunesse du monde », l’après-midi, ou pourquoi ce n’est pas la misère du monde qui vient vers nous. Ces tables-rondes associeront des chercheurs et des universitaires avec des intervenants de terrain et des pa- roles de migrants. D’autres interventions, témoignages vécus et créations artistiques, sont prévues, avec notamment un retour sur les questions de citoyenneté, de cosmopolitisme et d’inter- nationalisme dans l’œuvre de Daniel Bensaïd.

Lieu de réflexion et de rencontre entre celles et ceux qui ne se résignent pas à l’air du temps, réunis dans leur diversité autour d’une même exigence radicalement démocratique et sociale, l’Association Daniel Bensaïd invite tous les acteurs et partenaires des mobilisations pour l’accueil des migrants à s’associer à cette journée, dans l’esprit du Manifeste récemment initié par plusieurs médias et du « Serment du Centquatre » qui en est issu.

􏰀 L’entrée est libre mais avec inscription obligatoire– envoyer un mail avec vos nomset prénoms à : societedanielbensaid@gmail.com

􏰀 Le site Daniel Bensaïd : http://danielbensaid.org


PROGRAMME DE LA JOURNEE

Introduction (10 h-10 h 30)
Accueil par Benjamin Stora, président du Musée de l’immigration, Claude Calame, pour la Section EHESS de la LDH, et l’Association Daniel Bensaïd.

Ouvrir les frontières (10 h 30-12 h 15)

Table-ronde (interventions introductives de 15mn, suivies d’échanges et de débats) avec :
Stefan Le Courant, ANR Babels/Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Claire Rodier, juriste, Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés),co-fondatrice de Migreurop
Benjamin Stora, historien, président du Conseil d’orientation du Musée de l’histoire de l’immigration
Catherine Wihtol de Wenden, politologue, directrice de recherche émérite (CNRS)

Dans l’oeuvre de Daniel Bensaïd (12 h 15-13 h)
Conférence de Sylvain Pattieu, maître de conférence à Paris Saint-Denis (30 mn suivies d’un débat) : Citoyenneté, cosmopolitisme et internationalisme dans l’oeuvre de Daniel Bensaïd

Intervention artistique (13 h-14 h)
Pour rappel, cette chute de l’autobiographie de Daniel Bensaïd, Une lente impatience : « L’oeil
de la poésie (2017) plus loin que celui de la politique ». Projection du film de Manthia Diawara, An opera of the world (2017) en présence du réalisateur.

La jeunesse du monde (14 h-15 h 45)
Table-ronde (interventions introductives de 15 mn, suivies d’échanges et de débats) avec :
Manthia Diawara, historien de l’art et du cinéma, professeur à New York University
Camille Gendrot, représentante de l’Anafe (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers)
Nicole Lapierre, socio-anthropologue, directrice de recherche émérite (CNRS)
Mathilde Larrère, historienne, maître de conférence à Paris-Est Marne-la-Vallée
Camille Schmoll, géographe et sociologue, maître de conférences à Paris Diderot

Le délit de solidarité (15 h 45-16 h)
Les « 3 + 4 » de Briançon – témoignage par Théo Buckmaster et Bastien Stauffer

Les réponses des gauches (16 h-17 h 45)
Ont dores et déjà accepté de participer et réagir aux questions posées: Clémentine Autin, Esther Benbassa, Olivier Besancenot, Pascal Cherki, Eric Coquerel, Marie-Pierre Vieu…

Conclusion (17 h 45-18 h)
Par l’Association Daniel Bensaïd.

« Quelle crise des migrants ? Quel afflux de réfugiés ? » Avec Claude Calame, Claire Rodier et Marie-Christine Vergiat.

L’enregistrement de la soirée du 3 mai

La conférence et les débats

Mardi 3 mai, forte affluence au Lieu-Dit, pour le débat organisé conjointement par La Société Louise Michel et la revue ContreTemps, sur le thème : « Quelle crise des migrants, quel afflux de réfugiés ? »

Les trois intervenants – Claude Calame (helléniste, directeur d’études à l’EHESS), Claire Rodier (directrice du Gisti), Marie-Christine Vergiat (députée européenne du Front de gauche) – ont proposé informations et réflexions sur les questions posées : Qui sont ces femmes et ces hommes contraints à l’exil ? Quelles sont les raisons de l’exil, de la migration ? Quelles sont les motivations de la politique discriminatoire, répressive et inhumaine dont ils sont les victimes ? Que pouvons-nous, que devons-nous faire face à une négation collective et politique des droits de l’homme les plus élémentaires ?

Il était clair pour tous que l’Union européenne ne se donne pas pour objectif de répondre au défi que représente l’arrivée de ces migrantes et migrants, mais se contente de « gérer » le problème. Le prix à payer sur le plan humain est effroyablement élevé : des milliers de morts, des disparitions de mineurs, la misère dans laquelle sont plongés ces femmes et ces hommes, en violation de leurs droits de réfugiés et du devoir d’hospitalité.

Mais cela ne va pas sans profits pour ceux qui sont en charge du verrouillage des frontières, de la surveillance des personnes, ce que Claire Rodier qualifie de « xénophobie business ».

Ainsi s’érigent des frontières barbelées aux limites de l’Europe, et à présent un peu partout en son sein, se négocient des accords avec les États limitrophes, tel ce marchandage honteux entre l’Union européenne et la Turquie, et s’installent, de Calais à Lesbos et Idoméni, des camps ignorant tout respect de la dignité humaine.

Un vif débat a permis d’échanger sur des questions aussi difficiles que décisives. Cette situation est-elle la manifestation d’une crise de décomposition de l’Union européenne, ou au contraire la vérité de ce qu’elle est et le renforcement de son devenir ? Faut-il désespérer des réactions des populations, ou au contraire juger encourageantes les innombrables manifestations, certes peu médiatisées, des habitants qui se mobilisent en solidarité avec les migrants, pour défendre le droit des enfants à la scolarité avec RESF, pour apporter de l’aide aux exilés en difficulté, un peu partout en Grèce, en Italie, en Allemagne, à Calais ? Et la question de l’évacuation du lycée Jean Jaurès fut soulevée puisqu’elle était annoncée pour le lendemain matin.

Intervenants:

calameclaire-rodier-juriste-gistimarie christine vergiat

° Claude Calame (directeur d’études à l’EHESS)
° Claire Rodier (directrice du Groupe d’information et de soutien des immigrés, Gisti)
° Marie-Christine Vergiat (députée européenne du Front de gauche)

« L’Aventure ». Trois migrants ivoiriens d’Athènes à Paris

L'AventureC’était le 22 mai, à l’École des hautes études en sciences sociales. À l’initiative de la Ligue des droits de l’homme, du collectif de soutien aux sans papiers et aux migrant(e)s de l’EHESS, et de la Société Louise Michel, était projeté L’Aventure, un documentaire réalisé par Grégory Lassalle. « L’aventure, raconte-t-il, est le nom donné par des migrants subsahariens au voyage qu’ils entreprennent pour rejoindre un eldorado en Europe. Si l’aventure est un phénomène historique qui peut être analysé sous le prisme des droits humains, des difficultés économiques de l’Afrique ou encore des politiques de l’Union européenne, l’intention de ce projet documentaire est de la raconter à travers ceux qui la vivent. »

En 2011, comme des dizaines de milliers de migrants, Loss, Madess et Moussa arrivaient en Europe par la Turquie. Obligés par la législation européenne de rester en Grèce, ils ne veulent qu’une seule chose : partir. Dès lors, gagner l’argent nécessaire au départ est une obsession et tous les moyens sont bons. […] L’Aventure suit le quotidien de ces trois Ivoiriens à Athènes – leur sentiment d’enfermement, les stratégies pour trouver de l’argent, le basculement dans l’illégalité, les tentatives de départ – et explore ce qui se joue individuellement et collectivement lors de la migration : les relations aux autres communautés de migrants, l’amitié, la trahison, la solidarité, les mafias, la violence. »

Trois ans plus tard, Loss et Madess bientôt rejoints par deux autres Xénophobie Businesscompagnons d’aventure étaient là devant nous, aux côtés du réalisateur, pour le débat qui suivit la projection. Après quelques mots d’introduction de Claude Calame et un bref historique du verrouillage (meurtrier) des frontières européennes autour de la Méditerranée par Claire Rodier, juriste au Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI) et auteur de Xénophobie Business, ils ont évoqué ce périple de deux années pour arriver à Paris (à quelques heures d’avion d’Abidjan). À les voir heureux d’avoir triomphé de tous les obstacles, refusant de s’appesantir sur les souffrances endurées, on comprenait qu’ils n’auraient renoncé pour rien au monde à cette aventure, qu’ils étaient résolument du côté de la vie.