Afrique du Sud. Retour sur la fin de l’Apartheid. Espoirs et déception. Avec François-Xavier Fauvelle

L’enregistrement

Mandela a été libéré en février 1990. En mai 1994, il deviendra président de l’Afrique du Sud.
Entre ces deux dates, une « période de transition » : les lois d’Apartheid sont « suspendues », mais les divisions ancrées au plus profond de la société et des individus demeurent, terribles, destructrices, et domine le sentiment que « tout peut exploser ».

La guerre civile menace, pas en opposant « Noirs » et « Blancs », mais « tous contre tous », puisque, dans chaque communauté, agissent des forces qui refusent la négociation et le compromis, nouant parfois entre elles des complicités paradoxales. On compte des milliers de morts…

Le 10 avril 1990, Chris Hani est assassiné par un tueur blanc fanatique, commandité par un député ultraracialiste blanc. L’alarme immédiatement donnée par une voisine blanche permet l’arrestation du criminel. Chris Hani, dirigeant du Parti communiste, chef militaire de l’ANC, revenu au pays après des années d’exil, est une icône de la jeunesse noire des townships…

On peut craindre que le pays sombre dans un chaos sanglant.

Le 13 avril, à la télévision, Nelson Mandela prononce un discours d’hommage à Chris Hani.

Hervé Dubourjal nous lit ce discours. Un texte qui paraît sans relief, tel un exercice obligé… Cela avant que François-Xavier Fauvelle ne nous le fasse entendre !

Trois quarts d’heure d’explications savantes, passionnantes, pour restituer le contexte, rappeler ce qu’était l’Apartheid, un régime de ségrégation totalitaire, qui a configuré une société fragmentée.

Voici ce qu’il faut savoir pour saisir le « miracle politique » opéré par le discours de Mandela, qui s’adresse à toutes et tous, en disant « nous ».

Un « nous » englobant, transcendant les multiples appartenances ethniques, linguistiques, de coutumes, un « nous » investi d’un projet commun. Et qui fait résonner « quelque chose de nouveau » : « Nous, Sud-Africains ! », unis par une même émotion, sur fond d’urgence et de peur, pour célébrer la mémoire du héros assassiné.

Donc un moment d’invention démocratique.

Une fois donné ce brillant éclairage, Hervé Dubourjal a relu le discours de Mandela.

Cette fois, le texte vibre, des mots, à nos oreilles éculés – « nation », « peuple », « démocratie » -, retrouvent leur fraîcheur, leur puissance créatrice…

François-Xavier Fauvelle historien et archéologue est directeur de recherche au CNRS. Il est l’auteur d’un livre Convoquer l’histoire. Nelson Mandela. Trois discours commentés, et du Rhinocéros d’or. Histoires du Moyen Âge africain, qui fait un panorama fascinant d’une Afrique inconnue.