La caste, cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir, avec Laurent Mauduit.

L’enregistrement

Le mercredi 14 novembre, la Société Louise-Michel co-organisait la réunion qui s’est tenue au Lieu-Dit autour de Laurent Mauduit qui vient de publier La Caste. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir (Éditions La Découverte).

Macron a-t-il, comme il l’a affirmé, arraché la victoire « par effraction » ?

Pas vraiment, répond Laurent Mauduit. Il voit dans celle-ci l’aboutissement d’une histoire de longue durée. Celle d’une « sécession » de la haute fonction publique française, qui s’inscrit dans l’évolution du capitalisme et de la classe dirigeante.
D’un côté, la vie des affaires, marquée par les privatisations, la domination de la finance, la tyrannie aggravée du Capital sur le Travail… De l’autre, l’évolution de cette haute fonction publique, principalement le corps de l’Inspection des finances, adepte du pantouflage : le passage de l’administration aux directions des grandes entreprises (les banques évidemment, mais aussi des groupes tels Casino et Carrefour…) Et aussi, donnée plus récente, les rétro-pantouflages : le retour au public, après cette immersion dans le privé. Ce qui, une fois adaptation faite aux différents rouages du système, à ses règles, à ses privilèges, et carnet d’adresses en poche, se traduit par un retour aux postes du pouvoir. Ce que Laurent Mauduit dénonce comme « une privatisation de l’intérieur de l’État ». Et ce, aux dépens des valeurs revendiquées de la République. D’où des problèmes éthiques, voire pénaux en termes desdits « conflits d’intérêt ».

Macron apparaît comme la figure emblématique de cette transformation de l’État et du capitalisme.

Référence à Marc Bloch à l’appui, est évoquée une « défaite » de la République, celle-ci se voyant privée d’élites qui lui seraient fidèles.

Après la présentation de son enquête par Laurent Mauduit, ont apporté des éclairages complémentaires, Pierre-Yves Collombat, sénateur communiste du Var, rapporteur de la Commission d’enquête sur les mutations de la haute fonction publique, Dominique Plihon économiste, porte-parole d’Attac, et Dominique Sicot, rédactrice en chef adjointe de L’Humanité Dimanche.

Puis le débat s’est engagé avec la salle. Il fut vif ! La notion de caste, plutôt que celle de classe, n’est-elle pas trompeuse ? La référence à la République et à ses valeurs ne fait pas facilement accord. Et des regrets se sont exprimés quant à un appel insuffisant à des analyses du capitalisme et de l’État, qui pourraient conduire à des approches moins réformistes.

Un échange assez passionné, qui a confirmé que le sujet est en effet passionnant.

Une réflexion au sujet de « La caste, cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir, avec Laurent Mauduit. »

  1. Le livre de Laurent Mauduit est intéressant pour la somme d’informations qu’il contient concernant la porosité entre la fonction publique et le monde privé des finances.
    Cependant, il nous laisse entendre qu’il y aurait eu une haute fonction publique républicaine qui aurait servi un état républicain, autrement dit une pratique équilibrée du pouvoir!
    Or dans ce même livre, LM rappelle que la haute fonction publique s’est mise au service de l’occupant nazi et du régime de Vichy sans vergogne. Quelle interprétation donner sinon que cette haute fonction publique est très sensible aux rapports de forces entre les classes…
    Ce même rapport de force était présent au sortir de la guerre en 45 de manière plus ambigüe certes (la guerre froide entre URSS et EU étant omniprésente), obligeant ces hauts fonctionnaires à beaucoup plus de circonspections, mais toujours prêts à tirer les marrons du feu (création de l’ENA et défense de l’Inspection des finances avec le soutien surprenant de Maurice Thorez) en attendant des jours meilleurs. Ceux-ci ont commencé avec la chute du mur de Berlin, ouvrant ainsi une nouvelle période qui a permis à cette haute fonction publique de retrouver de la vigueur en instaurant le régime de la pensée unique à la mode de M TATCHER (il n’y a pas d’autre alternative!) imposée aux politiques de droite ou de gauche.
    Et maintenant qu’un des leurs préside la République, ils se lâchent complètement…Et Laurent Mauduit dresse un tableau révoltant de la situation.
    Pour autant, la solution ne peut résider dans un retour à une soit-diante fonction publique républicaine qui n’a jamais existé sinon dans l’esprit de Marc Bloch si souvent cité pendant la conférence.
    La solution ne viendra que d’un changement de rapport de forces entre les classes et non d’une volonté de réformer l’Etat et ses commis qui représentent l’institution au service de la classe dominante. Et c’est justement là que le livre de L MAUDUIT peut servir par les exemples qu’il donne, à démontrer que cet Etat est à renverser..
    Mais ce sera une autre histoire.
    JM NOUAZE

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