L’Algérie en révolution

La soirée de la Société Louise Michel du mercredi 5 juin, avec Nedjib Sidi Moussa.

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Nedjib Sidi Moussa a ouvert la discussion par un exposé remarquable, en cela qu’il a su à la fois rendre sensible la puissance de la mobilisation populaire, les espoirs qu’elle porte, et éclairer ses actuelles limites, les obstacles auxquels elle se heurte, les questions difficiles qu’elle soulève.

C’est bien d’un processus révolutionnaire qu’il s’agit. Il faut saluer ses premières victoires : d’abord le renoncement à un cinquième mandat de Bouteflika, à présent l’obligation faite au pouvoir d’écarter une élection présidentielle bricolée pour début juillet…

Mais aussi des limites, celles d’une mobilisation interclassiste, avec des disparités importantes entre ce qui se passe à Alger, et dans les grandes villes, et la réalité de l’Algérie profonde, le poids des difficultés sociales pour la majorité de la population et la jeunesse.

Et des risques, puisque la répression est là, dissipant les illusions sur la possibilité d’un pacifisme qui désarmerait les forces policières et militaires dont dispose un pouvoir toujours bien en place.

Une révolution démocratique et populaire en cours, voilà qui appelle une attention vigilante et une solidarité sans faille ! Les questions posées sont épineuses, touchant au poids de la religion dans la société, aux difficultés pour imposer la défense des droits des femmes dans le cours même de la mobilisation, les réponses indispensables aux intérêts sociaux des travailleurs, de la jeunesse, des défavorisés… Tout cela dans un contexte de grande faiblesse des organisations de gauche et du syndicalisme de classe.

Quant à la solidarité, elle doit être construite avec détermination. Au Maghreb et dans l’ensemble du monde arabe, après les échecs et tragédies qui ont marqué ce qui fut qualifié de « printemps arabe », toutes les forces démocratiques et populaires sont directement concernées par ce nouveau soulèvement révolutionnaire. Et en France, alors que tant de liens existent entre les deux peuples, on ne saurait ignorer que tout ce qui joue en ce moment là-bas nous touche directement ici. L’indifférence est interdite !

Le débat fut animé, permettant de discuter des réponses politiques qui sont posées avec force et urgence : comment peut se dynamiser l’auto-organisation de la population, dans les entreprises, les facultés, les communes ? Quel rôle peut ou non jouer le mot d’ordre de Constituante ? Comment sont susceptibles de se combiner les diverses exigences populaires ?

Une réflexion et des échanges à poursuivre, une solidarité à construire !

 

Nedjib Sidi Moussa est docteur en science politique (université Panthéon-Sorbonne). Il a publié La Fabrique du Musulman. Essai sur la confessionnalisation et la racialisation de la question sociale (Libertalia, 2017) et Algérie. Une autre histoire de l’indépendance. Trajectoires révolutionnaires des partisans de Messali Hadj (PUF, 2019).