La marchandisation du passé avec Luc Boltanski et Arnaud Esquerre.

L’enregistrement de la soirée du 24 octobre

Après Le Nouvel Esprit du capitalisme, Luc Boltanski a enquêté avec Arnaud Esquerre sur un nouveau changement du capitalisme dans le livre Enrichissement. Il s’agit de comprendre l’importance prise depuis quelques dizaines d’années par un changement de la source des richesses.

Contrairement aux objets usuels qui deviennent rapidement des déchets, les « objets de collection », tels que les œuvres d’art dont les riches font collection voient leur valeur augmenter au fil du temps. C’est ainsi qu’émerge un nouveau genre d’économie à côté de l’économie industrielle. Les collections sont constituées d’objets qui ont été « enrichis ». Cela dans un contexte où l’augmentation des inégalités a été tirée par l’enrichissement des riches.

Quelle est la principale caractéristique de cette économie ? Le passé devient source d’enrichissement. Il s’agit d’associer des objets à un récit qui témoigne de leur enracinement dans le passé.

C’est un des principaux créneaux économiques de la France qui associe dans un même mouvement patrimonialisation et industrie de la mode, des produits de luxe. Ce secteur est resté dans l’ombre : il n’est pas chiffré dans la comptabilité nationale. Ne doivent-ils pas rester « hors économie », ce qui est à l’origine de leur valeur ?

Cela a eu un effet considérable sur la structure sociale avec des gagnants et des perdants. Cette nouvelle source d’enrichissement a accompagné la désindustrialisation. Des régions pauvres se sont enrichies et inversement. Une grande quantité de gens travaillent désormais pour cette nouvelle économie, dont une minorité est constituée de gens riches et puissants et une grande majorité de petites mains, de précaires, de pauvres qui cherchent à trouver une place dans cet univers.


					

La gauche au XXI° siècle. Avec Christophe Aguiton.

Enquête sur une refondation

L’enregistrement.

Grosse affluence au Lieu-Dit mardi 26 septembre pour écouter Christophe Aguiton présenter son livre « La gauche au XXIe siècle : Enquête sur une refondation ».

Sans revenir sur le vaste panorama des luttes politiques et sociales internationales des dernières décennies qu’il développe dans son livre, l’orateur a présenté ce qui lui semble un enjeu essentiel dans une situation de déstabilisation qui remet en cause un corps doctrinal du XXe siècle basé sur le marché et l’État ; il propose de le remplacer par une vision ternaire en intégrant la question des biens communs, et de revisiter la question de la démocratie.

Ses réflexions sur les acteurs de la transformation sociale, si elles  n’ont pas convaincu tous les participants, ont cependant permis un  débat très riche.

 

Christophe Aguiton, militant syndical et associatif, a participé à la création de SUD-PPT, d’AC ! (Agir ensemble contre le chômage) et d’Attac. Il est notamment l’auteur de Le monde nous appartient (Plon, 2001 ; 10/18, 2003).


 

Mélancolie de gauche, une « tradition cachée » avec Enzo Traverso.

La culture de gauche — anarchiste, socialiste, communiste — s’est toujours projetée dans le futur, en y inscrivant le souvenir d’un passé de luttes. Il y a presque trente ans, la fin du socialisme réel a rompu cette dialectique entre passé et futur et engendré une vision mélancolique de l’histoire comme remembrance des vaincus, en révélant une « tradition cachée » de la gauche. Son principal représentant est sans doute Walter Benjamin, mais elle inclut une vaste constellation d’auteurs, d’Auguste Blanqui à Rosa Luxemburg, de Lucien Goldmann à Daniel Bensaïd. Cette mélancolie de gauche n’est ni passive ni résignée ; elle tisse la trame d’un travail du deuil qui stimule la pensée critique et la refondation d’un projet émancipateur.

L’enregistrement

Le 13 juin, à la suite de  la présentation de son livre par Enzo Traverso, un débat sur le sens du mot « mélancolie » et sur les différentes générations militantes  a passionné un public nombreux pour cette dernière soirée de la saison.

Enzo Traverso est né en Italie en 1957, il a enseigné les sciences politiques à l’Université de Picardie Jules Verne. Il est professeur de sciences humaines à Cornell University (New York). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, traduits en une douzaine de langues. Parmi ses derniers travaux, Le Totalitarisme (Seuil, 2001), La violence nazie (La Fabrique, 2002), À feu et à sang. La guerre civile européenne 1914-1945 (Stock, 2007 ; Hachette-Pluriel, 2009). À La Découverte, il a publiéLes Juifs et l’Allemagne (1992), L’Histoire comme champ de bataille. Interpréter les violences du XXe siècle (2010, 2012) et La Mélancolie de gauche. La force d’une tradition cachée, XIXe – XXIe siècle (2016)