URSS : vingt ans de nouvelles archives. Regards historiens sur le stalinisme aujourd’hui.

Une conférence avec Alain Blum, historien,

suivie d’une lecture par Hervé Dubourjal, metteur en scène et comédien

 

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Alain Blum

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Hervé Dubourjal

LES ENREGISTREMENTS

La conférence

le débat

Alain Blum sait fort heureusement échapper quelques fois aux archives soviétiques, ce « puits sans fond », pour venir en parler avec beaucoup de science et de clarté. Ce qu’il a fait au Lieu-dit, ce mardi 21 janvier, à l’initiative de la Société Louise Michel. Vingt ans de nouvelles archives. Regards historiens sur le stalinisme, tel était le thème de la soirée.

Un petit film russe, présentant aujourd’hui aux visiteurs du musée l’histoire de la Russie en quelques minutes, témoigne que la question n’est pas du seul ressort des historiens. Il dessine, à travers les successifs moments de malheur et de prospérité, une continuité entre la Russie d’hier et celle d’aujourd’hui, établissant des pointillés de Staline à Poutine, et leur associant la figure tutélaire de l’Église orthodoxe ! Reste que les archives révèlent, au-delà de ce qu’on savait, la massivité de la répression stalinienne : des centaines de milliers de morts et des exterminations de masse. Sous la Grande terreur : 700 000 fusillés, 6 millions de déportés… Ce qui veut dire que toute famille russe a connu en son sein au moins un déporté.

Donc les archives parlent. Alain Blum explique pourquoi elles sont gigantesques : tout était écrit (les rapports de police, les listes de déportés, les lettres de dénonciation ou celles largement autobiographiques sollicitant une libération…), et rien n’était détruit. S’est exercée une véritable fascination des statistiques ! À quoi il faut ajouter l’extraordinaire richesse de très nombreux journaux intimes.

Alain Blum décortique la logique d’une répression collective qui s’applique, par-dessus les individus, à des catégories de population : les paysans, réfractaires à la collectivisation, les Tchétchènes ou les Tatars, en tant que peuples enclins à la désertion, l’intelligentsia, accusée d’esprit de subversion, dans les pays baltes après la guerre des villages entiers soupçonnés de soutenir les guérillas…

Et le stalinisme ? Un système autoritaire, avec en fait peu d’idéologie, qui impose une domination anonyme, avec pour seul point de focalisation la figure de Staline. Mais aussi des formes de participation populaire. Donc une société traversée de tensions contradictoires. Une centralisation étouffante, mais aussi des marginalités. Une terreur de masse qui inspire peur et rejet, mais aussi des adhésions à l’avenir promis, qu’on voit dans des pétitions, des manifestations d’enthousiasme. Des complexités que confirme la diversité des parcours sociaux de ceux qui ont réchappé des camps : la dissidence des uns, l’oubli pour d’autres, et des carrières au sein du Parti communiste réintégré pour certains… Ce qui explique, selon Alain Blum, pourquoi les années 1960-1970 ont été marquées par tant de secrets. Et aussi des répressions qui se sont continuées pour certaines personnes jusqu’aux années 1980.

 Un exposé passionnant ponctué de lectures par Hervé Dubourjal de textes : des poèmes, des récits, des témoignages… Des grands auteurs de cette période qui ont connu la répression, et aussi des anonymes qu’Alain Blum a su écouter. Autant de voix qui font entendre avec force et profondeur ce qu’il en fut de la terreur, laquelle ne faisait pas taire celles et ceux qui s’exprimaient Contre tout espoir…