Européocentrisme, post-colonialisme et socialisme à travers l’œuvre de C.L.R. James. Par Matthieu Renault.

9 février 2016. C.L.R. – pour Cyril Lionel Robert –, James de son nom, décédé en 1989, et né aux Antilles en 1901, à Trinité-et-Tobago, alors colonie britannique. Celui-ci dont Matthieu Renault nous aura reconstitué ce soir la carrière, littéraire et politique, celle de ce passionné de cricket – au point d’en devenir un expert reconnu, écrivant dans les revues spécialisées, ce sport lui étant apparu, jusque dans ses plus petits détails techniques, comme un formidable outil d’analyse sociale. CLR James, donc, plus connu comme l’auteur des Jacobins noirs. En même temps que sacrifier à sa passion, il se sera toujours engagé dans des groupes militants, d’abord aux côtés de Trotski, auquel il rend visite à Mexico. Puis de manière indépendante. Deux livres l’influenceront de manière décisive : Histoire de la Révolution russe, du précédent, pour lui un modèle d’histoire, et, de manière plus surprenante – mais il ne fut pas le seul marxiste dans ce cas (pensons à José Carlos Mariátegui) – au Déclin de l’Occident de Spengler, une mise en cause puissante de l’européocentrisme.
Les Jacobins noirs, ce livre de James sur la révolution haïtienne, sera traduit en français par Pierre Naville dès 1949, puis réédité à de multiples reprises. Il illustre une thèse essentielle de l’auteur : la Révolution française ne trouve son caractère universel que dans cette seconde révolution. James utilisera la notion de « développement inégal et combiné » pour faire sortir le marxisme de l’Occident, même s’il s’assumera comme un enfant de la culture anglaise jusqu’à sa mort (il sera toujours un lecteur et un commentateur passionné de Shakespeare, et un admirateur de la Grèce classique). James s’engagera dans le débat initié par les trotskistes américains sur la nécessité d’un parti noir indépendant.Pour lui, le mouvement noir ne doit pas être subordonné au mouvement socialiste. Il faut le laisser se développer de manière indépendante, car le préjugé racial n’épargne évidemment pas le mouvement ouvrier, et suspendre toute idée de priorité.
Il s’engagera ensuite aux côtés des luttes révolutionnaires africaines.
Toute sa vie, James refusera l’idée d’un parti d’avant-garde, ce qui ne l’empêchera pas de se considérer comme un héritier orthodoxe de Marx et de Lénine.

La conférence

Le débat

Matthieu Renault est maître de conférences en philosophie à l’université Paris 8 et chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le Monde (CNRS, Sciences-Po Bordeaux). On lui doit Frantz Fanon. De l’anticolonialisme à la critique postcoloniale (Éditions Amsterdam, 2011), L’Amérique de John Locke : l’expansion coloniale de la philosophie européenne (Éditions Amsterdam, 2014) et C.L.R. James : La vie révolutionnaire d’un « Platon noir » (La Découverte, 2016).

 

 

 

 

 

 

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