Eurocentrisme, post-colonialisme, socialisme. Avec Matthieu Renault.

Compte rendu et enregistrements

La conférence

Les débats

Matthieu Renaut a reconstitué la carrière littéraire et politique tout à fait étonnante de C. L. R. James. L’auteur des Jacobins noirs s’est passionné toute sa vie pour le cricket dont il était devenu un expert reconnu, écrivant dans les revues spécialisées. Ce sport lui a paru, jusque dans ses plus petits détails techniques, un formidable outil d’analyse sociale. Parallèlement, James sera toujours engagé dans des groupes militants d’abord aux côtés de Trotski auquel il rend visite à Mexico puis de manière indépendante. Deux livres l’influenceront de manière décisive : Histoire de la Révolution russe de Léon Trotski, pour lui un modèle d’histoire, et, de manière plus surprenante (mais il ne fut pas le seul marxiste dans ce cas, pensons à Mariategui) Le Déclin de l’Occident de Spengler, car ce dernier livre constitue une mise en cause puissante de l’européocentrisme.
Le livre de James sur la révolution haïtienne sera traduit en français par Pierre Naville dès 1949, puis réédité à de multiples reprises (il est actuellement épuisé). Il illustre une thèse essentielle de l’auteur : la Révolution française ne trouve son caractère universel que dans cette seconde révolution. James utilisera la notion de « développement inégal et combiné » pour faire sortir le marxisme de l’Occident même s’il s’assumera comme un enfant de la culture anglaise jusqu’à sa mort (il sera toujours un lecteur et un commentateur passionné de Shakespeare, un admirateur de la Grèce classique). James s’engagera dans le débat initié par les trotskistes américains sur la nécessité d’un parti noir indépendant. Pour lui, le mouvement noir ne doit pas être subordonné au mouvement socialiste. Il faut le laisser se développer de manière indépendante car le préjugé racial n’épargne évidemment pas le mouvement ouvrier, et suspendre toute idée de priorité.
Il s’engagera ensuite aux côtés des luttes révolutionnaires africaines.
Toute sa vie, James refusera l’idée d’un parti d’avant-garde ce qui ne l’empêchera pas de se considérer comme un héritier orthodoxe de Marx et de Lénine.

matthieu renaultMatthieu Renault est Maître de conférences en philosophie à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis et chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le Monde (CNRS, Sciences-Po Bordeaux). Il est l’auteur de : Frantz Fanon. De l’anticolonialisme à la critique postcoloniale (Éditions Amsterdam, 2011) ; L’Amérique de John Locke : L’expansion coloniale de la philosophie européenne (Paris : Éditions Amsterdam, 2014) ; C .L. R. James : La vie révolutionnaire d’un « Platon noir » (La Découverte, 2016).

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