L’islam comme nouveau bouc émissaire. Avec Edwy Plenel.

Edwy Plenel

Les enregistrements

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La conférence

Le débat

Le mardi 16 septembre, au Lieu-Dit, on recevait Edwy Plenel, à l’occasion de la publication de son livre Pour les musulmans, aux éditions La Découverte. Pour cette réunion de rentrée de la Société Louise Michel, salle comble et attention soutenue.

Homme de culture et de conviction, Edwy Plenel s’est senti interpellé par la phrase « Il y a un problème de l’islam en France », proférée il y a quelques mois sur les ondes par Alain Finkielkraut, tout nouvel académicien. Il a donc pris sa plume, et voici que paraît un petit livre acéré, Pour les musulmans, en écho au Pour les Juifs que Zola écrivit en ce moment sinistre où le déferlement de l’antisémitisme autour de Dreyfus augurait de la grande catastrophe à venir au cœur du XXe siècle.

Un tel engrenage implacable de la haine de l’autre, Edwy Plenel craint de le voir s’emballer à l’égard de « nos compatriotes d’origine, de culture ou de croyance musulmane ». Il se mobilise pour l’enrayer. Son livre est une alarme, un appel au sursaut moral.

L’auteur évoque dans son exposé trois questions. D’abord l’idée que l’égalité représente le levier central de l’exigence démocratique, ensuite qu’au regard de la question religieuse la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État vaut reconnaissance et respect des cultes minoritaires, enfin que la notion d’assimilation doit être récusée en ce qu’elle signifie injonction de dissoudre la pluralité des appartenances qui font les identités tant collectives qu’individuelles.

Certains déverrouillages de la conscience nationale, observe Edwy Plenel, ont été opérés, ainsi à propos des responsabilités françaises dans la persécution d’État des Juifs, qui a signifié complicité dans le génocide. Mais un autre travail, selon lui, n’a toujours pas été accompli. Il concerne le passé colonial de la France. Effectué, il nous débarrasserait de ces oripeaux culturels qui nous ferment à la claire conscience que l’Occident n’est plus seul au banquet du monde.

La réflexion d’Edwy Plenel n’est pas accusatoire, elle se veut appel à accepter, de manière positive, voire enthousiaste, cette multiplicité d’appartenances qui tisse l’humanité contemporaine et chacun de nous. Ce qui fait que son « Pour les musulmans » est un « Pour les Juifs, les Noirs, les Roms », bref un « Pour la France » !

Un tel propos, bien sûr, invite à débattre, et la discussion fut en effet fort animée, qu’il fallut suspendre faute de temps. Reste, au-delà de cette soirée, à lire ce livre aussi éclairant que stimulant.

 

Journaliste, directeur du Monde de 1996 à 2004, Edwy Plenel est l’un des fondateurs et le président du site d’information Mediapart. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels Dire non (Don Quichotte. 2014). Comme éditeur, chez Gallimard puis chez Stock, il a notamment publié Notre ami le roi de Gilles Perrault, la trilogie d’Anne Tristan Au Front, L’Autre Monde et Clandestine, ainsi que Moi, la Révolution et Jeanne, de guerre lasse, de Daniel Bensaïd.

En librairie le 18 septembre

En librairie le 18 septembre