Apocalypse Marx ! Une relecture du Capital. Avec Bruno Pinchard

BRUNO PINCHARDLES ENREGISTREMENTS :

La conférence

Le débat

C’était le 11 mars. Lire Marx : en référence plutôt à Platon ou plutôt à Aristote ? En fidélité à Aristote, évidemment ! Ainsi s’ouvre le propos de Bruno Pinchard, lorsqu’il nous entraîne dans sa réflexion philosophique, souvent vertigineuse, devant une quarantaine de participants très attentifs, à l’écoute d’un discours savant et difficile. En en appelant à Descartes, Spinoza, Vico, et d’autres, l’orateur nous dévoile un Marx à rebours, titre de son livre à paraître prochainement. À rebours, et souvent à rebrousse-poil de quelques marxistes présents. Lesquels restent attachés à l’idée que la préoccupation n’est plus d’interpréter le monde mais de le changer. Et qui ne sont pas prêts à se faire à l’idée que les contradictions sociales ne sont pas une clé adaptée à la compréhension du réel. Nonobstant, dans la valse des notions d’exploitation, de contradictions, de plus-value, de fétichisme, tout un chacun s’y reconnaît. Même si ces notions se trouvent embarquées dans une spéculation philosophique, voire métaphysique, qui progressivement ouvre de fascinantes perspectives.

Un Marx qui, « libéré de son humanisme militant », nous est présenté comme un penseur de la totalité, du concept de système, donc lucide, plus actuel que jamais dans un monde sous capitalisme globalisé. Et apte à nous guider sur la voie de l’intelligence, vers la vérité. Un Marx révolutionnaire, dont le matérialisme est un surnaturalisme : l’argent est un cristal, dont on recherchera la vérité non en le brûlant mais en étudiant ses arêtes ciselées. Bruno Pinchard enfin nous parle d’un Marx « théologien du faux », un « Moïse 2 », pas celui qui brisa le veau d’or mais celui qui comprit les mécanismes de l’illusion, ambitionnant de dessiner une issue : le communisme. Donc l’erreur comme moment vers la rencontre de la vérité.

Une leçon de philosophie, qui inclut l’appel à un poème, pour réconcilier la foi et le savoir. Avec, à l’horizon, un idéal rabelaisien, celui de l’abbaye de Thélème, de «réforme en liberté totale». Ainsi, une vraie soirée philosophique. Et non moins marxiste pour autant.

MARX A REBOURDS

Bruno Pinchard est chercheur au CNRS, professeur de philosophie de la Renaissance et de l’Âge classique à l’université Lyon-III. Il est directeur de l’École doctorale de philosophie de la région Rhône-Alpes. Prochain ouvrage : Marx à rebours, à paraître aux éditions Kimé.