Avec les migrants à Calais

affiche migrants calaisC’était le 6 décembre, à l’École des hautes études en sciences sociales. A l’initiative de la section de la Ligue des droits de l’homme de l’EHESS, du collectif de soutien aux sans papiers et de la Société Louise Michel était projeté le documentaire de Sylvain George Les Éclats (ma gueule, ma révolte, mon nom). Quatre-vingt-quatre minutes dans les traces des migrants à Calais. Ombres intenses, ils ont fui guerres lointaines et misères abyssales ; ils ont traversé les mers et les frontières ; ils ont suivi les lignes de fuite à travers champs, le long des voies ferrées, des voies express et des canaux ; ils ont échappé aux rafles policières, ils ont brûlé l’extrémité de leurs doigts pour effacer leurs empreintes, ne pas être identifiés. Ils guettent les ferries…La nuit, ils escaladent les grillages du port à la recherche d’une cache dans un camion, au risque d’être tabassé par quelque Thénardier. Dans leur campement, piétiné par la police, une bâche entre deux arbres, un tesson de bouteille, une bonbonne de gaz renversée, une boîte de conserve ; ils parlent autour du feu, ils ne peuvent être ailleurs que là où ils sont, ici, maintenant et pour longtemps. Paroles de migrants sur le vif, sous-titrées en blanc sur fond noir, douloureuse clarté de ceux qui vivent dans l’ombre : Nous sommes déjà morts / Nous-mêmes brûlons de l’intérieur / La migration, c’est bien. Mais c’est dur / J’arrête de parler sinon je vais pleurer / Un jour nous serons heureux.

Après quoi difficile d’atterrir… Claude Calame, à qui revenait d’animer le débat, invitera Philippe Wannesson, militant du réseau Migreurop-Observatoire des frontières, et le réalisateur Sylvain George à répondre aux questions du public. D’où il ressortira, de Besson à Valls, que la situation épouvantable dans laquelle le pouvoir maintient quelques centaines de migrants à Calais est emblématique d’une gestion des migrations en France et en Europe fondée sur la traque, l’enfermement, l’expulsion, et le cynisme le plus absolu.