« L’Aventure ». Trois migrants ivoiriens d’Athènes à Paris

L'AventureC’était le 22 mai, à l’École des hautes études en sciences sociales. À l’initiative de la Ligue des droits de l’homme, du collectif de soutien aux sans papiers et aux migrant(e)s de l’EHESS, et de la Société Louise Michel, était projeté L’Aventure, un documentaire réalisé par Grégory Lassalle. « L’aventure, raconte-t-il, est le nom donné par des migrants subsahariens au voyage qu’ils entreprennent pour rejoindre un eldorado en Europe. Si l’aventure est un phénomène historique qui peut être analysé sous le prisme des droits humains, des difficultés économiques de l’Afrique ou encore des politiques de l’Union européenne, l’intention de ce projet documentaire est de la raconter à travers ceux qui la vivent. »

En 2011, comme des dizaines de milliers de migrants, Loss, Madess et Moussa arrivaient en Europe par la Turquie. Obligés par la législation européenne de rester en Grèce, ils ne veulent qu’une seule chose : partir. Dès lors, gagner l’argent nécessaire au départ est une obsession et tous les moyens sont bons. […] L’Aventure suit le quotidien de ces trois Ivoiriens à Athènes – leur sentiment d’enfermement, les stratégies pour trouver de l’argent, le basculement dans l’illégalité, les tentatives de départ – et explore ce qui se joue individuellement et collectivement lors de la migration : les relations aux autres communautés de migrants, l’amitié, la trahison, la solidarité, les mafias, la violence. »

Trois ans plus tard, Loss et Madess bientôt rejoints par deux autres Xénophobie Businesscompagnons d’aventure étaient là devant nous, aux côtés du réalisateur, pour le débat qui suivit la projection. Après quelques mots d’introduction de Claude Calame et un bref historique du verrouillage (meurtrier) des frontières européennes autour de la Méditerranée par Claire Rodier, juriste au Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI) et auteur de Xénophobie Business, ils ont évoqué ce périple de deux années pour arriver à Paris (à quelques heures d’avion d’Abidjan). À les voir heureux d’avoir triomphé de tous les obstacles, refusant de s’appesantir sur les souffrances endurées, on comprenait qu’ils n’auraient renoncé pour rien au monde à cette aventure, qu’ils étaient résolument du côté de la vie.