La difficile (re)connaissance de la vraie nature du régime algérien. Avec François Gèze.

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L’enregistrement

La conférence

C’est une étrange relation celle qu’entretiennent la France et l’Algérie, si proches l’une de l’autre, mais entretenant les blessures de tant de drames… Et, côté français, combien de clichés usés et que de méconnaissance !

Pas de la part de François Gèze qui, depuis plus de trois décennies, s’intéresse passionnément à l’Algérie, en tant qu’éditeur – plus de 30 titres publiés par lui à propos de cette société -, et en tant que citoyen.

D’où de sa part, lors de cette soirée du 26 novembre 2014, un exposé fort informé, qui a permis de retracer les grandes étapes traversées par l’Algérie depuis l’indépendance. Un tableau très impressionnant qui se trouve ainsi déployé. Avec, derrière le masque d’un prétendu socialisme, l’installation d’un régime dictatorial, d’abord préoccupé d’accaparer les richesses du pays, et progressivement miné par une corruption envahissante. Et un pouvoir de plus en plus hégémonique de la caste des officiers supérieurs. Flanquée d’une Sécurité militaire aussi puissante qu’experte en manipulations de toutes sortes.

On ne peut comprendre pourquoi l’Algérie paraît avoir échappé à l’onde des révolutions arabes si on oublie combien féroce fut la guerre civile qui la ravagea au tournant des années 1980-1990 : plus de 100 000 morts, près de 20 000 disparus, des traumatismes innombrables… Dans les zones d’ombre de cette période, on perçoit les coups tordus et les opérations de désinformation de ce même appareil aussi discret que redoutable qu’est la Sécurité militaire.

C’est une société brisée qui en est résultée.

Ce qu’on ne saurait cacher à l’heure où un président, faute de relais, est reconduit pour la troisième fois, alors qu’il est dans l’incapacité évidente de gouverner. L’actualité est faite d’une dégradation économique et sociale aggravée, d’émeutes multiples, et d’une absence complète de perspective…

Quant aux régimes français successifs, ils n’ont jamais rien ignoré de ce qu’est l’Algérie et des méthodes de ce pouvoir. Leur silence n’est pas signe d’ignorance, mais bien de profonde complicité.

Une discussion animée a suivi cet exposé si complet et stimulant.

Mieux connaître l’Algérie, à l’évidence demande beaucoup de sérieux et de travail. Merci à François Gèze de nous en avoir convaincus !

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histoire de l'algérie colonialePlus de cinquante ans après la fin de la guerre d’indépendance algérienne, cette vaste fresque de l’Algérie coloniale, replaçant la guerre d’indépendance dans le temps long – car c’est bien dans la longue durée que le conflit s’enracine – est plus que jamais essentielle pour mieux comprendre la situation actuelle dans les deux pays, ainsi que leurs relations depuis 1962.
Dans ce cadre historique, cet ouvrage, écrit principalement par des historiens (algériens, français et d’autres nationalités), met à disposition des lecteurs les travaux les plus récents, qui tiennent compte des interrogations actuelles des sociétés sur ce passé. Il entend questionner comment l’histoire de ces deux pays et de ces populations s’est nouée, dans des rapports complexes de domination et de violence, mais aussi d’échanges, dans les contextes de la colonisation puis de la décolonisation. Il s’agit, enfin, d’interroger les héritages de ces cent trente-deux ans de colonisation qui marquent encore les sociétés algériennes et françaises.