La rage de Pasolini devant le peuple vidé de sa substance. Avec Margherita Trefoloni et Julien Gaillard.

2centrostudiC’est avec la lecture d’un extrait d’un texte de Charles Péguy que Julien Gaillard a ouvert cette soirée d’introduction à Pier Paolo Pasolini. N’y a-t-il pas de fructueuses résonances entre ces deux auteurs ? Une commune déploration de mondes disparus à jamais ? Avec un point commun : c’est l’argent (ou le capitalisme) qui en est toujours la cause. Et ces destructions sont irréversibles. Cela a amené Pasolini à prendre des positions qui ont pu être jugées réactionnaires. Le débat reste ouvert…

Margherita Trefoloni a interprété des chants issus de la culture frioulane à laquelle Pasolini était si attaché, chants de tradition paysanne mais aussi, parfois dans le même élan, chants populaires socialistes ou, pourquoi pas, chants religieux…

Il y a en Italie quelque chose de difficile à saisir pour les Français : il n’y a pas eu de première révolution industrielle, le passage de la campagne à la ville, la transformation des paysans en ouvriers a été tardive et d’autant plus brutale et déculturante, laissant place au triomphe du consumérisme, au pouvoir insensé de la télévision. On sent peut-être mieux en Italie qu’en France ce qui a été perdu dans ces grandes transformations.

Julien Gaillard a choisi deux moments clés de la vie et de l’œuvre de Pasolini qu’il a superbement mis en tension : son premier film (1961) Accattone – histoire d’un petit proxénète de banlieue –, et l’année de sa mort – 1975 –, au cours de laquelle il écrit plusieurs textes où il revient sur les raisons pour lesquelles ce film ne pouvait pas être compris, mais aussi sur ce qu’il juge être ses propres compromissions (il renie les trois films de sa trilogie : Le Décameron, Les Contes de Canterbury et Les Mille et une nuits). C’est le moment où il écrit : « Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui, ou du moins ce qu’on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide soit prétextuel et de mauvaise foi. En effet elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique qui ne peut plus faire peur à personne. C’est en sorte un antifascisme de tout confort et de tout repos. Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé la société de consommation. »

Pour Margherita et Julien, cette soirée du 16 décembre était un jalon d’un spectacle à venir autour de l’œuvre du poète.

Nous l’attendons désormais avec impatience.