Mélancolie de gauche, une « tradition cachée » avec Enzo Traverso.

La culture de gauche — anarchiste, socialiste, communiste — s’est toujours projetée dans le futur, en y inscrivant le souvenir d’un passé de luttes. Il y a presque trente ans, la fin du socialisme réel a rompu cette dialectique entre passé et futur et engendré une vision mélancolique de l’histoire comme remembrance des vaincus, en révélant une « tradition cachée » de la gauche. Son principal représentant est sans doute Walter Benjamin, mais elle inclut une vaste constellation d’auteurs, d’Auguste Blanqui à Rosa Luxemburg, de Lucien Goldmann à Daniel Bensaïd. Cette mélancolie de gauche n’est ni passive ni résignée ; elle tisse la trame d’un travail du deuil qui stimule la pensée critique et la refondation d’un projet émancipateur.

L’enregistrement

Le 13 juin, à la suite de  la présentation de son livre par Enzo Traverso, un débat sur le sens du mot « mélancolie » et sur les différentes générations militantes  a passionné un public nombreux pour cette dernière soirée de la saison.

Enzo Traverso est né en Italie en 1957, il a enseigné les sciences politiques à l’Université de Picardie Jules Verne. Il est professeur de sciences humaines à Cornell University (New York). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, traduits en une douzaine de langues. Parmi ses derniers travaux, Le Totalitarisme (Seuil, 2001), La violence nazie (La Fabrique, 2002), À feu et à sang. La guerre civile européenne 1914-1945 (Stock, 2007 ; Hachette-Pluriel, 2009). À La Découverte, il a publiéLes Juifs et l’Allemagne (1992), L’Histoire comme champ de bataille. Interpréter les violences du XXe siècle (2010, 2012) et La Mélancolie de gauche. La force d’une tradition cachée, XIXe – XXIe siècle (2016)