L’Histoire, une question politique, avec Michèle Riot-Sarcey.

Le livre de Michèle Riot-Sarcey  rencontre succès et écho important : primé par Le Monde et France culture, accueilli aux rencontres de Pétrarque, il donne lieu à de très nombreuses rencontres-débats dans beaucoup de villes. Cela de manière quelque peu surprenante, dans la mesure où il s’agit d’un livre substantiel, voire difficile…

Lors de cette soirée, il ne s’agissait pas de présenter le livre, ni a fortiori d’en donner une synthèse permettant d’épargner sa lecture. Mais bien d’écouter Michèle Riot-Sarcey, historienne et philosophe, conteuse aussi. Ce qui vaut invitation, non seulement à lire ce livre, mais à le méditer, y réfléchir, en discuter…

En effet, à la différence du livre écrit avec Maurizio Gribaudi, 1848, la révolution oubliée, qui raconte et explique 1848 au jour le jour, il s’agit cette fois d’un livre qui est davantage qu’un livre d’histoire : une réflexion sur ce qu’est l’histoire, qui l’écrit et comment ? Qui la fait ?

Une réflexion de longue haleine, guidée par Walter Benjamin. Ce penseur des discontinuités historiques et des remémorations, des moments éphémères d’utopie réelle, que refoule l’histoire linéaire qu’écrivent les vainqueurs.

Au début des années 1930, alors qu’il la pressentait proche, Benjamin part à la recherche des sources de la catastrophe. Dans ce XIXe siècle que transforme la révolution industrielle et où s’impose l’idée de progrès. Et les assujettissements qui vont s’ensuivre.

Ces découvertes de Benjamin, Michèle Riot-Sarcey a travaillé à les appliquer à l’histoire du XIXe siècle. D’où la construction toute particulière de son ouvrage : au centre, cette révolution de 1848, à partir de laquelle peut s’écrire une histoire à rebours, parce que ce sont ses acteurs eux-mêmes qui en conscience redonnent vie aux souvenirs des révolutions antérieures, 1830, 1789-1792. Ils et elles considèrent que leur soulèvement renoue avec elles, et va surmonter leur inaccomplissement pour instaurer la République démocratique et sociale. Un espoir qui sera abattu. Mais qui, plus tard, à la fin du Second Empire et malgré les formidables transformations de la société qui s’opèrent durant cette période, va renaître avec l’intempestive irruption de la Commune…

Beaucoup d’idées, une floraison de références artistiques et littéraires : Hugo, Baudelaire, Stendhal, Courbet… Un débat animé, bien des pistes de connaissances ouvertes. Au final le sentiment que ce détour par le XIXe siècle, loin de nous éloigner de notre actualité en ses contradictions, nous a parlé d’elle. Et la conviction que cette histoire-là est très politique.

 

 Michèle Riot-Sarcey est professeur émérite d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’université Paris-VIII-Saint-Denis, militante et historienne du féminisme.  le-proces-de-la-liberte

Son dernier ouvrage: Le proces de la liberté