Comment naît, vit et meurt la Première Internationale. Avec Michel Cordillot

cordillotLES ENREGISTREMENTS

La conférence

Le débat

Elle aurait 150 ans, l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), désignée rétrospectivement, du fait de sa postérité, comme la Première Internationale. Celle de Marx et Bakounine, de la grande confrontation entre communistes et marxistes ! Mais voilà que Michel Cordillot, qui l’a longuement fréquentée en tant qu’historien, et qui sait tout d’elle, ne s’en laisse pas conter. Il considère que les conflits idéologiques qui l’ont traversée ne doivent pas être survalorisés. Il juge plus féconde une approche d’elle comme fait social.

Donc, de sa part, un récit très documenté : naissance, vie et mort de l’Internationale. La naissance est bien établie : le 28 septembre 1864. Le moment de la mort est plus flou, puisqu’il s’agit plutôt d’un déclin, progressif et inégal selon les pays, mais l’involution paraît engagée, dès avant la Commune, avec la guerre franco prussienne. Et, en 1877, au congrès de Gand, une ultime tentative de relance échoue du fait de divergences devenues insurmontables.

doc_origines socialismeReste que l’important est cette vie, dont Michel Cordillot considère qu’elle s’est affirmée, non pas du fait d’une clarté stratégique, assez défaillante, mais par la force d’une raison d’être. À tous ces groupes et réseaux ouvriers, ces coopérateurs et mutualistes, ces syndicats et ces adhérents individuels, l’AIT apportait formation et informations, faisait vivre un idéal coopératif, et mettait en acte une solidarité internationale entre travailleurs, anglais et français principalement, et aussi allemands, polonais, italiens, dont nombre d’exilés appelés de ce fait à se rencontrer. Notre historien ne se désintéresse certainement pas des écrits savants de Marx et autres théoriciens, mais au regard du développement de l’Internationale lui apparaît autrement plus décisive, par exemple, la grève des bronziers parisiens en 1867. Bronziers qui, se trouvant être membres de l’AIT, en appellent au soutien des syndicats anglais, et dont la grève va être victorieuse ! Belle invitation pour d’autres travailleurs à prendre exemple, à engager des grèves avec un soutien international. Ce qu’ils ont fait. Et l’Internationale, qui ne l’avait pas forcément anticipé de cette manière, de se développer admirablement, faisant la démonstration de ses capacités à donner aux ouvriers des moyens de formation et d’information, d’agir à l’échelle internationale. Et aussi de remplir un rôle moral : contre le travail des enfants, pour la journée de 8 heures, pour la paix, en s’adressant au Président Lincoln alors que l’esclavage n’est pas encore aboli, de militer pour l’émancipation… Alors que son développement paraît impétueux et irréversible, l’Internationale est déchirée intérieurement sur les questions décisives de ce que doit être l’action politique et s’il faut ou non, et comment, aller vers des partis ouvriers.

Au cours du débat, Michel Cordillot a bien expliqué que l’historiographie de l’AIT a elle-même sa propre histoire. Les premières études furent essentiellement de légitimation, en fonction de la confrontation entre « marxistes » et « bakouninistes ». Ce n’est que dans la seconde moitié du XXe siècle que se développa une histoire savante, mais toujours grosse d’enjeux politiques. Et si depuis vingt-cinq ans se travaille une histoire plus distanciée, c’est aussi au prix d’une perte de dynamisme et d’intérêt de la part d’un public un peu large.

150 ans : le bel âge pour redonner du goût pour cette passionnante Association Internationale des Travailleurs. Incontestablement cette soirée du 8 avril 2014 et l’exposé savant de Michel Cordillot y invitent.

Comme il invite celles et ceux qui pourront, les jeudi 19 et vendredi 20 juin, au colloque organisé à ce sujet à la Maison de la Recherche, 28, rue Serpente, Paris VIe.