Tirer parti de Max Weber. Avec Michael Löwy

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 La conférence

Le débat

C’était le 24 septembre, au Lieu-dit, une conférence de Michael Löwy, à propos de son récent ouvrage La Cage d’acier. Max Weber et le marxisme weberien, devant une assistance nombreuse et fort attentive. Un marxisme weberien ? Il s’agit non pas de réfuter l’opposition entre Weber et Marx, qui est référentielle : l’un matérialiste, l’autre idéaliste, celui-ci qui voit à l’origine du capitalisme la violence, et celui-là l’épargne protestante (cf. L’Ethique protestante), et le grand bourgeois conservateur contre le communiste révolutionnaire.

Mais en quelque sorte de la bousculer, pour éviter de mal lire Weber, ou de ne pas le lire, en mettant à jour le paradoxe weberien : cet adversaire du socialisme est aussi un intellectuel, travaillé par une forte antipathie pour le capitalisme. Le pessimisme culturel qui est celui d’une époque et d’un milieu, marqué par un romantisme résigné, le rend sensible à l’étouffement de l’individu et de la liberté que génère le capitalisme. D’où cette allégorie de la cage d’acier. Et une affinité élective entre sa critique du capitalisme et celle de Marx. Un Marx qui est un adversaire politique, mais respecté, dont Weber salue l’esprit (geist), et qui exerce sur lui une certaine fascination. Paradoxe qui explique cette filiation du « marxisme weberien » que présente Michael Löwy dans le livre : Merleau-Ponty, Luckacs, l’Ecole de Francfort, Gramsci… Ces penseurs qui à des titres divers ont, à la suite de Weber, pensé l’irrationalité de la rationalité capitaliste.

Le débat a dégagé des ouvertures. Luc Boltanski, qui salue la qualité de l’ouvrage, a souligné que si  sociologie les théories de la domination sont souvent de gauche, et celles de la révolution plutôt de droite, Weber propose une théorie de la domination, parente de celle de Marx, mais en opposition à Marx, parce que sans perspective d’émancipation. Ce qui fait de la domination une fatalité. Résignation ou impuissance ? La question est soulevée. Et, à propos de la notion d’affinité élective, Michael Löwy est invité à développer davantage son propos, ce qui lui permet d’évoquer une affinité élective (négative celle-là) entre capitalisme et despotisme, et de rappeler la forte formule weberienne d’un « esclavage sans maîtres »… On a conclu sur cette idée proposée par une intervenante, et qui a fait accord, que Weber a pensé contre Marx…Reste beaucoup de réflexions, et de lectures, à poursuivre…