La marchandisation du passé avec Luc Boltanski et Arnaud Esquerre.

L’enregistrement de la soirée du 24 octobre

Après Le Nouvel Esprit du capitalisme, Luc Boltanski a enquêté avec Arnaud Esquerre sur un nouveau changement du capitalisme dans le livre Enrichissement. Il s’agit de comprendre l’importance prise depuis quelques dizaines d’années par un changement de la source des richesses.

Contrairement aux objets usuels qui deviennent rapidement des déchets, les « objets de collection », tels que les œuvres d’art dont les riches font collection voient leur valeur augmenter au fil du temps. C’est ainsi qu’émerge un nouveau genre d’économie à côté de l’économie industrielle. Les collections sont constituées d’objets qui ont été « enrichis ». Cela dans un contexte où l’augmentation des inégalités a été tirée par l’enrichissement des riches.

Quelle est la principale caractéristique de cette économie ? Le passé devient source d’enrichissement. Il s’agit d’associer des objets à un récit qui témoigne de leur enracinement dans le passé.

C’est un des principaux créneaux économiques de la France qui associe dans un même mouvement patrimonialisation et industrie de la mode, des produits de luxe. Ce secteur est resté dans l’ombre : il n’est pas chiffré dans la comptabilité nationale. Ne doivent-ils pas rester « hors économie », ce qui est à l’origine de leur valeur ?

Cela a eu un effet considérable sur la structure sociale avec des gagnants et des perdants. Cette nouvelle source d’enrichissement a accompagné la désindustrialisation. Des régions pauvres se sont enrichies et inversement. Une grande quantité de gens travaillent désormais pour cette nouvelle économie, dont une minorité est constituée de gens riches et puissants et une grande majorité de petites mains, de précaires, de pauvres qui cherchent à trouver une place dans cet univers.