Richesse des migrants. Avec Tobie Nathan

 LES ENREGISTREMENTS

Le débat

C’était le 22 octobre, devant une salle et une arrière-salle pleines à craquer. Projeté en avant-première, le documentaire Les Lois de l’hospitalité, réalisé par Anaïs Prosaïc, nous aura fait découvrir ce qu’ethnopsychiatrie veut dire, et connaître des multiples chemins de réflexion empruntés par Tobie Nathan, l’initiateur de cette pratique clinique en France. Celui-ci était présent, et avec lui plusieurs psychologues cliniciens du Centre Georges-Devereux qu’il a créé, à l’évidence ravis de répondre à  toutes nos questions.

Depuis plus de vingt-cinq ans, d’abord à l’hôpital Avicenne à Bobigny, puis au sein de l’université Paris VIII, et enfin au cœur même de Paris, le Centre Georges-Devereux (ce Devereux dont Mathieu Amalric chausse les lunettes et endosse l’habit dans le film d’Arnaud Desplechin Jimmy P. – Psychothérapie d’un Indien des plaines) a suivi des familles de migrants pris dans des problèmes qui apparaissent vite insolubles quand ils sont traduits en termes psychologiques ou psychanalytiques. Les migrants issus d’Afrique, d’Asie, d’ailleurs, apportent avec eux la richesse d’une culture. Le pire serait d’y voir un tissu de « croyances », « irrationnelles », qu’il faudrait mieux se dépêcher d’oublier. Pour Tobie Nathan, nous sommes là en face de pensées «savantes», à l’origine de conceptions du monde différentes de la nôtre, riches, actives, vivantes, avec lesquelles nous devons entrer en relation, relation respectueuse mais aussi exigeante.

La question est bien politique : comment pouvons-nous entrer dans un dialogue serein avec les autres ? Mais aussi — et y avons même jamais pensé — comment nous présenter aux autres, avec notre propre et fieffée tradition ?

Pratique clinique étonnamment originale, l’ethnopsychiatrie se trouve être à l’origine de rencontres avec des sociologues, des anthropologues et des philosophes qui s’interrogent de leur côté sur la manière dont notre tradition, depuis les Lumières, s’est conçue comme universelle, sans ressentir le besoin de tirer le bilan de son mépris, colonial, pour les autres, et de cet anthropocentrisme toujours prêt à ressurgir. Ce sont aussi ces rencontres que raconte le film d’Anaïs Prosaïc consacré à Tobie Nathan.

Les débats avec celui-ci ont porté sur la transe, les rapports avec les mondes invisibles, la puissance de la sorcellerie, et, cela coulait de source, l’accueil ici des migrants sans papiers : des héros, aura conclu Tobie Nathan.

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