Jeanne de guerre lasse.., avec Hervé Dubourjal et Ariane Perez.

À l’occasion de la réédition aux Éditions Don Quichotte du Jeanne de guerre lasseavec une préface inédite d’Edwy Plenel – la Société Louise-Michel a organisé une soirée le 11 avril dont vous trouverez ci-après l’enregistrement

Hervé Dubourjal s’est livré à une relecture passionnante du Jeanne de guerre lasse écrit par Daniel Bensaïd aux lendemains de la chute du mur de Berlin et réédité aujourd’hui par les éditions Don Quichotte (avec une très belle préface d’Edwy Plenel), un livre qui vacille entre le « caractère combatif » que Mariatégui décelait déjà chez Jeanne d’Arc et les « élans illusoires, les amères déceptions » qu’évoquait, quant à lui, Husserl.

Daniel Bensaïd interroge Jeanne pour interroger le présent. Le livre se présente comme une discussion entre Jeanne et l’auteur. Daniel entend la voix de Jeanne qui a, elle-même, entendu des voix… Celle qui a été tour à tour, et parfois simultanément, la fille du peuple brûlée par l’Église, la sainte laïque (Michelet) mais aussi l’envers de Marianne, est pour Daniel Bensaïd celle par laquelle un « événement inouï » arrive. Jeanne permet à Daniel de faire l’éloge de l’événement, hors des déterminations, de relier l’héroïne mystique à Louise Michel ou à Rosa Luxembourg dans son panthéon imaginaire.

Il ne s’agit ni d’un livre de philosophie (tout en faisant de la philosophie), ni d’un récit historique, ni d’un livre de foi, ni d’un livre militant, ni d’un livre d’aventure, ni d’un témoignage, ni d’un livre de confession intime (même si l’auteur avoue une passion pour Jeanne qui date de son adolescence). Et pourtant il est construit comme un palimpseste qui permet de faire un peu de tout cela en même temps.

Quand on a perdu toutes les batailles, s’interroge Daniel alors que Jeanne brûle comme une sorcière, qu’est-ce qui nous remobilise ?