Lettre de Thierry Labica

Nous organisons, Pr Crowley et moi-même, dans le cadre du dpt des études anglo-américaines de l’université de Nanterre, une journée de colloque consacrée à la grève des mineurs britanniques de 1984-85, vendredi 26 septembre à partir de 9 heures (salle R14 rdc du bat de l’ufr de langues). Participeront notamment à cette journée des militants syndicaux britanniques impliqués dans la grève et des représentants de l’ Orgreave Truth and Justice Campaign(http://otjc.org.uk/about/ ).

Il va de soi pour les organisateurs qu’au-delà de la dimension britannique/nationale de cet épisode, toute compréhension de la période récente a vocation à intégrer cette expérience dans toute sa dimension historiquement et politiquement fondatrice. Ci-dessous le texte de présentation de la journée.

J’espère que tu pourras te joindre à nous.

J’envoie le programme de la journée sous peu.

Bien cordialement

Thierry Labica

Université Paris Ouest Nanterre La Défense

CREA EA 370-Observatoire  de l ‘aire britannique

Journée d’études : Vendredi 26 septembre 2014

La grève des mineurs 1984-85

Il y a trente ans commençait un des conflits sociaux les plus marquants de l’histoire récente de la Grande-Bretagne : la grève des mineurs britanniques, qui allait durer jusqu’à mars 1985, impliqua plus de 160 000 travailleurs, donna lieu à 11,312 arrestations, 5,653 poursuites en justice, près de 200 emprisonnements. Aucun conflit du travail n’a, depuis, atteint une ampleur, une intensité et une dimension emblématique comparables.

A travers cet épisode se sont jouées des reconfigurations profondes de la société britannique, qu’il s’agisse –entre autres‒ de la place du syndicalisme de masse, du rôle de l’Etat, de la police même, et des conceptions dominantes de l’après-guerre quant à la nature des liens entre les partenaires sociaux, ou de l’identité sociale, programmatique et de la stratégie du travaillisme. Ces inflexions et ces ruptures idéologiques durables dans le champ politique furent elles-mêmes portées par une tendance plus profonde cristallisée par cet affrontement: la disqualification stratégique et massive d’une politique et d’une culture ouvrière, au rôle pourtant déterminant dans l’élaboration et la reproduction de l’idée nationale britannique depuis la révolution industrielle. Dans cette perspective, la journée du 18 juin sur le piquet de grève d’Orgreave et le désastre du stade de Hillsborough à Sheffield le 15 avril 1989, de par leur traitement médiatique et policier, participent d’une même histoire, qui est celle de la déchirure dans la trame des représentations jusque-là dominantes des loyautés communautaires et des appartenances de classe.

Mais au-delà de la Grande-Bretagne elle-même, la grève de 1984 contribue à la coloration de la décennie dans l’histoire globale dont elle est une scansion et ce, quelles qu’en soient les conceptualisations privilégiées : néolibéralisme, post-fordisme, accumulation flexible, financiarisation.

La journée d’étude qui se tiendra à Nanterre le 26 septembre 2014 tentera de clarifier la place que peut/doit occuper ce conflit dans les études britanniques aujourd’hui, notamment par rapport aux questions suivantes : « industrial relations », théorie sociale, thatchérisme, médias, police, économie britannique, dimensions internationales, histoire culturelle.