Projection débat du film « On est vivants ». Avec Carmen Castillo.

 

1. Photo CarmenCe film est autre que celui qu’on attendait. Comme le rappelle le préambule à l’interview paru dans Contretemps, depuis qu’on avait appris que Carmen Castillo travaillait à un film «sur Daniel Bensaïd », n’y avait-il pas à craindre une biographie, hagiographique de surcroît ?

Avec On est vivants, on en est loin. Ce film est un voyage, dans le temps et dans l’espace, avec une boussole, un fil rouge : le thème de l’engagement. Parler de Daniel, faire entendre la voix de Daniel, autour de ce thème, on ne pouvait imaginer plus bel hommage.
Du coup, le film et à contre temps, à contre-courant de l’air du temps, qui est plutôt au désengagement : désengagement des engagements passés, désengagement des références qui les fondaient… L’heure est aux implications passagères, conditionnelles, volatiles. Et ce qu’on dit être la politique renvoie à une activité dominée par le carriérisme, la communication, l’égotisme…
On est vivants et Daniel Bensaïd nous parle d’une tout autre conception de la politique, de 3. On est vivants Affiche du filmce qu’est vraiment la politique, de ce qu’elle doit être, faite d’engagements, sur des valeurs qui s’imposent sans compromis possibles. Et qui n’a de sens que collective, un collectif qui lui donne sa puissance.
Le film nous montre ces combats collectifs des sans terre, des sans toit, des sans papiers, en Bolivie, dans les quartiers nord de Marseille, au Brésil, à Paris… Et la magnifique séquence des ouvriers et syndicalistes de la raffinerie de Donges nous rappelle que cette politique-là n’est pas glacée, mais tissée de sentiments et d’émotions.
Carmen nous fait rencontrer ces hommes et ces femmes « qui font de la politique parfois sans le savoir ». En fait, ils et elles nous livrent ce que doit être un savoir de la politique.

Tirée des griffes de la dictature Pinochet grâce à la pression internationale en 1974, Carmen Castillo trouvera refuge en France, où elle restera marquée par l’accueil de Daniel Bensaïd. Entre État de guerre : Nicaragua (1985), La Flaca Alejandra (Fipa d’or 1993), Rue Santa Fe (Sélection Un certain regard Festival de Cannes 2007) ou Victor Serge, l’insurgé (2011), elle a coréalisé ou réalisé 17 films à ce jour, pour le cinéma ou la télévision. Elle et aussi Eva Feigeles auront contribué à la fondation de la Société Louise Michel. 

Interview dans Contretempsn° 25