Michel Houellebecq ou l’hypothèse conservatrice. Par Hervé Dubourjal.

« Jacques Prévert est un con », écrivait-il en 1992. Et c’était dans Les Lettres Françaises. Ses chroniques, interviews et articles, maintenant à La Revue des deux mondes ou à Valeurs actuelles, on les retrouve réunies dans Interventions 2020. L’occasion, ce jeudi 17 décembre, de questionner l’idéologie et l’art poétique de l’écrivain français vivant le plus connu et le plus lu à l’étranger. Au Japon, il serait un « Trésor national vivant ». Comme d’autres auteurs conservateurs et réactionnaires, il est un critique de Mai 68 (« qui n’a servi qu’à briser les quelques règles morales qui entravaient encore la voracité du fonctionnement de la machine sociale »), de la libération des mœurs (« Le couple homme-femme est devenu invivable depuis la libération sexuelle »), du féminisme et de l’égalité et du relativisme culturel qu’il induirait, du « droit-de-l’hommisme », et du primat qui serait accordé aux minorités, du métissage, de l’antiracisme, etc. Si le thème du désenchantement démocratique et un certain pathos du déclin lui font croiser Éric Zemmour, Alain Finkielkraut, Michel Onfray et quelques autres, son conservatisme est paradoxal et étrange. Car il est tourné vers le futur : « Le conservatisme peut être source de progrès ». Qu’en est-il de l’art poétique d’un auteur qui se désintéresse de ses personnages et de leur profondeur psychologique pour décrire des processus historiques et sociologiques ? Et qui décrit, peut-être pour la première fois, le roman de la dépression de l’homme contemporain ?