Mercredi 24 avril: La montée de l’extrême droite au Brésil, politique de violence, politique de mémoires avec Roberta Sampaio Guimarães, João Paulo Castro et Michael Löwy

L’élection présidentielle de Jair Bolsonaro en 2018 a créé une surprise nationale et internationale. Après 30 ans de fin de la dictature civil-militaire brésilienne et l’instauration d’un régime démocratique, un capitaine de l’armée apologète du régime dictatorial et un admirateur de tortionnaires notoires, commande le plus grand pays de l’Amérique Latine. Avec une carrière politique inexpressive, il est devenu un phénomène de masse en prononçant des déclarations homophobes, racistes et misogynes. Comprendre et expliquer le moment actuel du pays a mobilisé de nombreux intellectuels et mouvements sociaux brésiliens. Le phénomène Bolsonaro s’inscrit dans un tournant conservateur mondial majeur et reflète le manque actuel de contrôle sur les nouvelles technologies et sur la profusion de fake news. Mais les causes endogènes qui ont permis l’élection de Bolsonaro sont également pertinentes. Afin de réfléchir à ces causes, nous aborderons dans cette soirées deux questions majeures : l’explicitation de la violence et de l’extermination de la population noire e pauvre en tant que politiques d’État,  sous un prétexte de mettre en avance une « politique de pacification » ; et les propositions de révision de la mémoire des crimes commis par la dictature civil-militaire et de la mémoire de l’esclavage de la population noire africaine.

Anthropologue et enseignante de l’Université de l’État de Rio de Janeiro (UERJ), Roberta Sampaio Guimarães consacre ses recherches aux politiques d’État, aux disputes de mémoires et aux conflits sociaux dans les espaces urbains. Elle effectue actuellement un post-doctorat à l’EHESS, CRBC/Mondes Américains. Auteur du livre A utopia da Pequena África. Projetos urbanísticos, patrimônios e conflitos na Zona Portuária carioca (L’utopie de la Petite Afrique. Projets urbanistiques, patrimoine et conflits dans la zone portuaire du Rio de Janeiro), Rio de Janeiro, FGV, 2014.

Anthropologue, enseignant et chercheur à l’Université Fédérale de l’État de Rio de Janeiro (UNIRIO). Coordinateur du Laboratoire d’Analyse de la Conjoncture d’UNIRIO, João Paulo Castro mène ses recherches sur les politiques de mémoires et la violence d’État. Actuellement effectue un post-Doctorat á l’EHESS/CeSor. Est l’auteur du livre: A invenção da juventude violenta : análise de um política pública (l’Invention de la jeunesse violente: analyse d’une politique publique) Rio de Janeiro, E-Papers, 2005.

 

Michael Löwy  est un sociologue franco-brésilien,  directeur de recherches émérite au CNRS.  Parmi ses ouvrages récents,  La Lutte des Dieux. Christianisme de la liberation et politique en Amérique Latine, Paris,  Van dieren Editeur,  2019.

Mercredi 24 avril à 19h00 au Lieu Dit
 6 rue Sorbier Paris 20°

Plan et trajet

Misère de l’Islam de France avec Didier Leschi

L’enregistrement

Pour cette soirée du 20 février, ni la Société Louise Michel ni son invité n’avaient cédé à la facilité. Les questions liées à l’islam de France prêtent souvent à des controverses passionnées, par exemple au sujet du voile, mais plus largement à tout ce qui touche à la laïcité dans ses rapports au religieux.
Didier Leschi, haut fonctionnaire du Ministère de l’intérieur, responsable des années durant du Bureau central des cultes, a accumulé une importante expérience et une grande connaissance quant à la situation des musulmans dans la société française. Il sait les mettre au service d’une réflexion approfondie et engagée, dont témoigne le livre dont il avait accepté de venir nous parler : Misère(s) de l’islam de France (éditions du Cerf).

Le pluriel ajouté au mot misère fait référence à de multiples questions, toutes délicates et difficiles, mais dont on ne saurait s’interdire de débattre. Démonstration faite par l’exposé de l’orateur et l’échange qui s’en est suivi.

C’est chiffres à l’appui que Didier Leschi a montré combien pour les musulmans de France ont changé depuis vingt ans les conditions d’exercice de leur culte. Etant entendu que par musulmans il convient d’entendre, non la communauté incernable de celles et ceux qui se revendiquent d’un « islam culturel », mais bien les croyants, pratiquants, qui s’inscrivent dans la Révélation.

Avec le concours de l’État et des collectivités locales, des mosquées, souvent d’une grande beauté architecturale, ont été érigées en nombre, ont été créés des carrés musulmans dans les cimetières, et aussi des aumôneries (dans l’Administration pénitentiaire, dans l’armée…), le halal s’est développé à grande échelle…

Dans le même temps, et contradictoirement à cette évolution positive, n’ont pas été surmontés les obstacles à l’instauration d’une instance pleinement représentative du culte musulman, permettant à celui-ci d’exister au même titre que les autres religions présentes en France. Difficultés qui renvoient aux multiples spécificités de l’islam en France : les legs historiques, les relations avec les États des pays d’origine (en particulier l’Algérie, le Maroc, la Turquie…), les diverses sensibilités et orientations divergentes en son sein…

Toutes choses qui jusque-là ont empêché que naisse en France cet « islam des lumières » qu’espérait Jacques Berque. Et même plus modestement la création d’une Faculté de théologie musulmane, prévue en Alsace, qui apparaissait porteuse d’évolutions prometteuses.
Au terme de cette réunion chacune et chacun se sentait davantage informé et conscient des défis qui restent à relever.
Un grand merci à Didier Leschi !

Misère(s) de l’islam de France a été publié aux Editions du Cerf (janvier 2017).

 

Lecture spectacle, Dialogues d’exilés de Bertolt Brecht avec Hervé Dubourjal et Arnaud Carbonnier.

L’enregistrement

Soirée d’exception le 23 janvier, au Lieu-Dit (Paris XXe). Cette fois, pas une conférence. Ni tout à fait du théâtre, ni tout à fait de la politique, encore que… La lecture-spectacle d’un genre ambigu, le face-à-face dialogué entre deux personnages… Il s’agit des Dialogues d’exilés de Brecht, Bertolt et non Bertold, rappelle d’entrée de jeu Hervé Dubourjal, expliquant ensuite, avec humour, tout le mal qu’on est en droit de penser du grand dramaturge allemand…

Ziffel et Kalle sont dans le buffet de la gare d’une ville européenne, à boire des bières, à échanger des propos politiques et à se lire les textes d’un journal en cours d’écriture.

Des dialogues que Brecht écrit en 1940-1941 en Finlande, puis poursuit aux États-Unis. Ils sont publiés en langue allemande en 1961, traduits en français en 1965, puis plusieurs fois mis en scène.

Ils résonnent étrangement ces dialogues, qui font rire, secouent et dérangent, parce qu’ils se révèlent être des éclats d’une réalité qui traverse le temps et les situations. Ils évoquent ceux dont le droit d’existence dépend de la détention, ou de la privation, d’un passeport. « Le passeport est la partie la plus noble de l’homme. D’ailleurs un passeport ne se fabrique pas aussi simplement qu’un homme. On peut faire un homme n’importe où, le plus étourdiment du monde et sans motif raisonnable. Un passeport, jamais. Aussi reconnaît-on la valeur d’un bon passeport, tandis que la valeur d’un homme, si grande soit elle, n’est pas forcément reconnue. »

Et aussi l’exploitation, des « insignifiants » par les « importants ». Ils dissertent sur la démocratie, et sa négation, et sur le peuple, qui n’est pas le même selon qu’il est observé de l’extérieur ou vécu de l’intérieur…

En bref, une soirée qu’on n’oubliera pas de sitôt.

Un grand merci à Arnaud Carbonnier et à Hervé Dubourjal !

Et aussi à Bertolt Brecht.